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WIM DELVOYE AU MAMAC NICE : JÉSUS-CHRIST DOUBLE HÉLIX

Wim Delvoye 'Double Helix AACI 180 00' 2009, © ADAGP, Paris, 2010
Wim Delvoye 'Double Helix AACI 180 00' 2009, © ADAGP, Paris, 2010

Respectant la trilogie des salles triangulaires qui forment un des plateaux du MAMAC à Nice, l'exposition de Wim Delvoye s'y décline également en trois parties. La première est consacrée aux tatouages sur les épidermes des cochons et aux nombreux dessins préparatoires à cette série. La deuxième est dévolue aux maquettes des sculptures gothiques: deux chapelles en acier et leurs vitraux miniatures et un engin de chantier.

Bernard MARCELIS

Cet accrochage sobre et même parcimonieux ne laisse en rien présager de ce qui va suivre dans la troisième salle. C'est son dernier travail en cours qui y est présenté, celui de la figure du Christ en croix, avec des nouvelles sculptures, près d'une trentaine de maquettes en métal et plus d'une centaine de dessins. La diversité des supports utilisés, les multiples variantes proposées nous permettent de plonger au cœur du processus créatif de Delvoye, du développement de son travail, de son organisation et de sa production. On a presque l'impression d'une mise en perspective de son atelier-laboratoire, qui aurait été transposé en configuration muséale.
Une exposition dans un musée lui donne l'occasion de mettre en valeur ses dessins et de montrer l'importance qu'il y attache: le plaisir du dessin n'est peut-être pas comme les gens l'imaginent. «Pour moi, c'est de faire quelque chose sans toujours une équipe autour de soi, de se sentir un peu maître de son travail. Avec les maquettes ce n'est pas possible, il faut toujours tenir compte de l'avis des ingénieurs. J'adore le dessin, parce que j'en fais ce que je veux et que je n'ai pas toujours envie de les vendre. C'est ce qui fait la différence entre une exposition de dessins dans une galerie (où ils sont en quelque sorte toujours pris en otage) et dans un musée comme ici à Nice, où je peux vraiment informer le public de ce que je fais. C'est presque un plaisir égoïste. Je pense avoir bien utilisé cette occasion. Cela me permet aussi de classifier les choses et de voir plus clair dans l'atelier.»

RELECTURE

La quantité et la qualité des dessins et leur proximité avec les maquettes et les sculptures permet de se rendre compte mieux que jamais de l'importance des premiers dans la démarche de Delvoye, de sa façon de mettre les éléments en place, de jouer de leurs subtiles variations, d'en explorer toutes les possibilités en plusieurs dimensions. Les maquettes de petite taille en permettent la traduction et l'expérimentation dans l'espace. Les sculptures, de taille quasi définitive, impliquent plus directement le spectateur dans son rapport à l'espace déterminé par leur présence. A lui de trouver la meilleure façon de s'en approcher, de trouver le point de vue idéal face à ces œuvres torsadées qui échappent à tout regard univoque et s'affranchissent de tout regard frontal.
Cette relecture de la figure du Christ crucifié, dont les exemples dans l'histoire de l'art sont innombrables, se développe autour du motif de la vrille et de l'effet de torsion. Perpétuel recommencement sans limite, avec une succession sidérante de mouvements des bras, des jambes, du torse, de la tête, ces sculptures donnent le tournis. Elles provoquent un véritable vertige pour ceux qui tentent précisément d'en déterminer l'ordre et la succession des mouvements. L'origine et la fin, l'envers et l'endroit, le dedans et le dehors s'estompent et tout point de repère est impossible à préciser.
Si ce travail s'inscrit pour une part dans le prolongement de ses sculptures gothiques, que les supports soient d'ordre profane ou religieux, il place par le fait même Delvoye dans cette lignée de la flamboyance du gothique historique de tradition flamande et européenne et qui ne se limite pas à l'architecture. Nos musées regorgent de ces sculptures en bois particulièrement expressives et aux corps parfois déformés et distendus. Dès lors se trouver confronté à la figure du Christ faisant littéralement la roue, si cela évoque certains supplices médiévaux, relève surtout du côté iconoclaste de Wim Delvoye. Les courbes se développant en chaînes, la dimension à la fois tortueuse et souple de ces circonvolutions contribuent à renforcer ce sentiment d'ambiguïté que l'on rencontre souvent dans le travail de Delvoye.

COCA-COLA

Voici ce qu'il en dit: «En fait, pour moi Jésus-Christ c'est un peu comme Mickey Mouse ou les lettres de Coca-Cola. Quelle omniprésence! Comme il est connu partout! Si un martien débarquait chez nous, c'est ce qu'il verrait en premier lieu, toutes ces images. De la même façon, après nous, les archéologues découvriront des tas de Jésus-Christ, car on en a fait des milliers.
Il est peut être temps d'utiliser cette figure, car dans le marché de l'art, le Christ ou la Vierge cela ne se vend plus. Le marché ne veut plus entendre parler de religion. C'est cela qui m'attire, les choses qui sont un peu parias. Avec le style gothique c'est la même chose.
Ce qui m'intéresse ce sont ces contradictions que l'on perçoit dans le gothique et dans la figure du Christ, notamment dans l'art du XXe siècle. Il y a une différence entre la croix, utilisée par des gens comme Van Severen ou un certain art minimaliste, et le Christ qui est une figure beaucoup plus organique. Avec lui, pour l'ordinateur ce sont des millions et des millions de séquences à calculer, alors que pour la croix cela ne prend qu'une seconde et on peut même le faire avec un vieux minitel! L'informatique a permis d'ouvrir un monde à la sculpture impensable auparavant, mais en même temps je ne suis pas un artiste du numérique. Moi je suis jusqu'au-boutiste dans la technologie, mais mon propos n'est vraiment pas de choquer les gens. Je fais des choses très classiques, des sculptures en bronze!»
Poursuivant son entreprise de désacralisation des symboles de notre société, ici religieux avec la figure du Christ (après celle des logos des firmes commerciales ou de la culture de masse), associés à des avancées technologiques (comme auparavant Cloaca), Wim Delvoye poursuit l'exploration de sa pensée labyrinthique nourrie des contradictions de notre société.

Bernard MARCELIS

Wim Delvoye, Dessins et maquettes, jusqu'au 23 mai au Musée d'Art Moderne et d'Art Contemporain, Promenade des Arts, Nice. www.mamac-nice.org

Important catalogue paru aux éditions Skira-Flammarion (ca 40,00 euros)
Une autre exposition de Wim Delvoye est prévue au Musée Rodin à Paris (du16 avril au 22 août 2010) avec notamment une version agrandie de la Tour présentée à Venise l'année dernière.

 
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