HART INTERNATIONAL

Ga naar nieuwsoverzicht Vorige

TROIS EXPOSITIONS AUTOUR DE MUSIQUE ET ART CONTEMPORAIN : THE SOUNDS OF SILENCE

Francis Baudevin 'Novembre', exhibition view Concept, Paris, Courtesy Concept, Photo: Rebecca Fanuele
Francis Baudevin 'Novembre', exhibition view Concept, Paris, Courtesy Concept, Photo: Rebecca Fanuele

Pour le titre, on sait maintenant que Simon & Garfunkel rejoueront ensemble au festival de La Nouvelle Orleans le 24 avril; ensuite, c'est toujours cette question irritante des liens entre l'art contemporain et la musique. D'abord, on a cru aux pouvoirs du transversal, du transdisciplinaire... puis on a compris grâce aux anglo-saxons qu'il y avait dans ces rapprochements quelque chose de l'ordre du ‘moderne', par exemple quelques titres d'expositions: ‘This is not a Love Song', ‘take a look at these Hands'. Alors, chaque année les revues artistiques, Artforum, Frieze, y vont de leur bilan pour la musique souvent en demandant à des personnalités toujours bien choisies de proposer une sélection. Et puis, il y a en ce début d'année l'exposition de Patti Smith dans une galerie New yorkaise... L'occasion de rappeler que beaucoup de musiciens de la scène que nous avons aimée (et que nous aimons toujours!) venaient de l'art et même souvent des écoles d'art!

Aussi que la plupart du temps, l'enseignement musical qui nous intéressait était dispensé non dans les conservatoires mais plutôt justement dans les écoles d'art. Alors bien entendu, on a cru possible ces expositions (et il y en a eu beaucoup!) où les artistes seraient questionnés par la musique et ces manifestations ont toujours rencontré un public: ‘It's not only rock'n'roll baby!' à Bruxelles, ‘SONIC YOUTH etc.: SENSATIONAL FIX' à Düsseldorf...

Alors d'où vient notre gêne devant ces succès populaires? Parce que dans une exposition, nous ne sommes pas censés écouter de la musique, parce que regarder une pochette de disque n'a pas grand sens, parce que s'il y eu performance ou concert, on n'en voit plus que les restes! Il y a un peu de tout cela mais aussi et surtout cette remarque de l'artiste allemande Jutta Koetther (peintre et musicienne!) à propos de Kai Althoff (peintre et musicien dans Workshop, Fanal!): "Certainly, his music and his art should not be confused. But nor should they be put side by side for comparison. The aesthetic moments exist, of course, reeling, trance-like, or concretely articulated, in line, with light, pastel shading - in the drawings no less than in the riffs and runs of his music." (1). D'où ce mélange d'excitation et de prudence à l'annonce de ces expositions, livres, articles et aussi concerts et cette proposition de regarder de plus près (et d'écouter les sons du silence!) trois expositions qui tournent autour de cette question (si c'en est une): un musicien qui peint, un artiste qui écoute beaucoup de musique et enfin un collectionneur qui lui regarde du côté de l'art et de la musique.

"My visual art, like my music is derived from
instinct and empathy, engaged in the
unexpected and unpredictable."
(2)

Que fait-on lorsque l'on décide de peindre exclusivement des animaux? Eric Claridge peint de façon plutôt ‘appliquée' sur des formats relativement petits, autour de 30 x 40 cm, des figures animales qui se détachent sur des fonds lisses. Si on regarde l'ensemble de son œuvre peinte, on ne voit qu'une ou deux toiles où ne figure pas un de ces animaux qui composent son bestiaire. Eric Claridge a un site sur lequel il présente et parfois vend ses œuvres, on y lit qu'il est autodidacte en peinture, qu'il expose parfois dans un club de Chicago; on y retrouve aussi quelques unes de ces illustrations, pochettes de disques qui avaient, dans un premier temps, retenu notre attention. Parmi ces pochettes, l'une persiste dans notre mémoire, elle montre un dessin d'oiseaux autour d'un serpent sur fond jaune. C'est la pochette d'un album de The Sea and Cake (3), groupe renommé de Chicago, dont Eric Claridge est le bassiste.

Dans l'œuvre de Eric Claridge, les animaux sont face à face: un hérisson rencontre un escargot, une taupe contemple un vers de terre, un singe regarde un canard. Parfois c'est encore plus énigmatique: un jeune éléphant est plaqué sur le dos d'un homme qui semble le porter, un singe fait des ronds de fumée, deux martins-pêcheurs cernent une libellule. L'univers se définit par cette peinture étrange, les animaux sont comme figés dans l'espace, les oiseaux arrêtés en plein vol, une girafe est plantée dans un champ de tournesols et les tâches de l'animal deviennent un motif qui va jouer avec celui des fleurs. Parfois aussi la même scène énigmatique peut se retrouver dans un espace différent: une pieuvre attaque un robot (ou le robot la porte-t'il dans ses bras?) une première fois sur une plage et quelques peintures plus tard nous la retrouvons hors de son cadre naturel: devant les buildings new yorkais. La curiosité de ces ‘répétitions' nous fait penser à Magritte; lui aussi reprenait régulièrement quelques unes de ses images et il y aurait probablement d'autres analogies à chercher. Par exemple dans le chapitre qui est consacré au peintre surréaliste, André Breton cite la critique américaine Dore Ashton: "Le caractère de l'imagination humaine est expansif et allégorique: on ne peut ‘penser' un objet pendant plus d'un instant sans que l'esprit vagabonde." Et puis chez Magritte aussi, on trouve ce sens de l'application en peinture et enfin comme André Breton parlait de premières ‘leçons de chose' à propos du peintre belge, pour Eric Claridge on a envie de parler de nos premiers imagiers.
Les rencontres peuvent être drôles mais le plus souvent, par le mystère créé, elles sont inquiétantes. Certes, il n'y a pas de place pour l'ambiguïté, les formes sont nettes, les animaux et le décor identifiables, mais le mystère naît de la rencontre improbable entre l'animal et le décor (mais par où commence-t'il?)

"Tu veux dire que la musique imprègne
tellement ta culture personnelle qu'elle resurgit
naturellement dans ton travail?
- Mais oui, elle est là, disponible en temps réel.
J'en suis totalement imprégné, voire submergé.
(4)

C'est l'exposition qui est venu faire voler en éclats nos réticences. On connaît la passion de Francis Baudevin pour la musique, son livre d'entretien est petit par le format et l'épaisseur mais il est de ceux qui valent toute une étagère de bibliothèque. Tout y est: les choix, le partage de ces trésors et puis toutes les pistes lancées: le répétitif, le populaire, l'auteur, la culture vernaculaire... jusque dans le petit détail: "Si dans ma peinture je n'ai pas reporté les textes des emballages que je reproduis, c'est certainement en raison de cette musique sans paroles, c'est aussi simple que cela". L'exposition parisienne de l'artiste suisse pouvait se diviser en deux: une première salle aux murs peints dans un jaune assez criard et une seconde salle plus ‘classique' qui évoque immédiatement, par les œuvres présentées, le support musical. Une série de photos encadrées, la taille (c'est aussi l'origine) d'un disque 33 tours, un cadre blanc avec un cercle ajouré au centre et l'on aperçoit un morceau de photo, de graphisme. C'est aussi le geste que tous les amateurs de musique connaissent lorsque l'on extirpe le vinyle de sa pochette en papier blanc, le majeur sur l'étiquette du centre et le pouce sur le bord du disque, on pose délicatement sur la platine et puis l'on commence l'écoute et ce que l'on a alors sous les yeux, c'est bien cette superposition de la protection blanche posée sur la pochette. Comment expliquer à quel moment de l'écoute, de ce rapport profond à la musique cela peut correspondre? Reste le choix des disques, ‘faire c'est choisir' et là Francis Baudevin est parfait: ESG, New Order, Slint, Airwaves... La seconde salle est plus picturale si l'on peut dire: sur ces murs jaunes, une magnifique série de peintures aux motifs géométriques abstraits. La réponse est peut-être sur l'étagère du bureau: une pochette vinyle Original Oldies vol. 19, disque commercial produit en masse qui reprend des tubes des années soixante. On retrouve dans cette série toute une série de questions déjà émises dans son livre: la reprise, l'original, l'anonymat...

"Cependant, la collection peut être oppressante
si elle n'est pas utilisée comme une inspiration ou
orientée vers la création. A contrario, cela peut
aussi être rassurant d'accumuler des choses
matérielles, de trouver des similarités entre des
objets et de les organiser. Vous avez ainsi une
illusion de contrôle dans ce monde submergé de
produits. Dès que vous avez deux objets ou
images similaires, vous commencez une
collection; il est très facile de se prendre au jeu."
(5)

Si Francis Baudevin utilise le geste de la pochette du 33 tours pendant l'écoute, Christian Marclay a souligné dans plusieurs œuvres les gestes du collectionneur: ‘Record without a cover' n'est qu'un 33 tours vinylique à disposer dans le bac, sans aucune protection de telle sorte que les traces de chaque ‘feuilleteur' viendront rendre le disque différent pour chaque exemplaire. La question posée (si l'on veut toujours qu'elle le soit bien entendu!) pour les collections de disques, et c'est l'un des objets que l'on collectionne le plus facilement, est celle de la culture populaire, de la diffusion en masse... Le livre édité pour ‘Vinyl' évite le texte théorique pour la formule plus simple de l'abécédaire, le fétichisme du collectionneur y est pointé: "As a result, covers and vinyl records are taking on an increasingly fetishist aspect and becoming coveted collectors items." La collection de Guy Schraenen est parfaite, on aura du mal à trouver des failles, manquent, à notre avis, le disque ‘Murder ballads' de Nick Cave avec le détail d'une peinture de Jean Frederic Schnydert, quelques Leiterwagen, le label d'Albert Oehlen, un ou deux Firehose (Raymond Pettibon, proche de Mike Watt a collaboré à plusieurs chansons du groupe), quelques pochettes de Milan Kunc pour Der Plan ou Pyrolator, Thomas Fehlmann, la branche Justus Könhcke, Cosima von Bonin, les disques collectifs produits pour les Grazer Fächerfest... Mais nous tombons déjà dans l'énumération, alors ne boudons pas notre plaisir (car il est là) et les connaisseurs les plus pointus feront des découvertes.

"Qu'est-ce que cette chose appelée Melvins?
Le seul fait de formuler la question, comme de
demander "Qu'est-ce que la philosophie?", c'est
déjà avoir commencé sa recherche."
(6)

Alors, finalement l'art reste l'art et la musique la musique? Oui probablement, mais peut-on nier qu'il y a une histoire de l'art du XXème à écrire inlassablement avec la production du Velvet Underground par Andy Warhol et la réalisation de la pochette de Sergent Peppers par, entre autres, Peter Blake? C'est aussi complexe que cette photo du sculpteur John Chamberlain au milieu de The Supremes ou de cette réponse provocatrice de Raymond Pettibon (les pochettes de Black Flag auront joué un grand rôle dans ces collections de disques!) à la question "quelle importance a la musique pour toi ?": "Aucune" (7).

Yves BROCHARD
est critique et enseignant à l'université de Lille3


(1) Jutta Koether, ‘Holistisches High,' catalogue Kai Althoff + Gebärden und Ausdruck, Frankfurter Kunstverein, 2002
(2) Courriel d'Eric Claridge, 17 janvier 2010
(3) ‘The Sea and Cake', The Biz, Thrill 026, Thrill Jockey Records, Chicago, 1995
(4) Francis Baudevin, ‘Hello spirale!' Entretien avec Valérie Mavridorakis, JRP/Ringier, 2005
(5) Christian Marclay, ‘Snap!', les presses du réel, collection ‘Mamco/Métiers de l'exposition', 2009
(6) Robert Nickas (avec Jutta Koether), ‘What Is This Thing Called Melvins?' in Robert Nickas ‘Vivre libre ou mourir', les presses du réel 2000."
(7) Raymond Pettibon, Conversation avec Ulrich Loock, catalogue Raymond Pettibon, Kunsthalle Bern, 1995


Eric Claridge, 22 janvier - 12 février 2010, Galerie Commune du Pôle arts plastiques, 36 bis Rue des Ursulines, 59200 Tourcoing, 33 (0)3 20 01 07 20

Francis Baudevin ‘Novembre' Galerie art:concept, Paris, 14 novembre - 23 décembre 2009

‘Vinyl', disques et pochettes d'artistes, la collection Guy Schraenen, La Maison Rouge, Paris, 19 février - 16 mai 2010

 

 
Designed by The Instance - Matipa
MuHKA - Museum voor Hedendaagse Kunst Antwerpen
Kunstencentrum Z33 - een initiatief van de Provincie Limburg
S.M.A.K. - Stedelijk Museum voor Actuele Kunst, Gent
BE-PART - Platform voor actuele kunst
Pierre Bergé & Associé
Extra City - centrum voor hedendaagse kunst
Koninklijke Academie voor Schone Kunsten / KASK
PocketRoom
BIS71
Middelheimmuseum Antwerpen
CC de Werft: Cultuurcentrum Geel
BOZAR
Netwerk
KMSKB - MRBAB
Watou
Kunstmuseum aan zee - De collecties van de Provincie West-Vlaanderen en de Stad Oostende
CCBrugge
Dexia
Loading
Loading